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 LA BOHÈME (OMBELINE)

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VISAGE : EMBRUN SALÉ

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BOUTEILLES À LA MER : 19

ARRIVÉE EN VILLE : 30/10/2017

DANS LA TÊTE : MAMAN, JEPHTE, LA GUERRE

MessageSujet: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mar 31 Oct - 11:56

On entendait, par moments, les échos d'explosion, par l'intermédiaire des journaux. On savait que l'ennemi avait gagné ou perdu telle bataille. Que nos alliés avaient envahi la Russie il y a un ou deux ans. On savait aussi qu'il allait falloir, un jour, partir pour de bon.
J'aimais bien ici. C'était beau. C'était frais. C'était chez nous. Il y avait à la fois la pluie pour rafraîchir et les nuages pour égayer le ciel. Il y avait les tourteaux à pêcher et les vagues pour se laisser aller. Quand la chaleur vespérale venait enfin, il suffisait juste de fermer les yeux pour s'endormir et se laisser aller au gré des rêves, bercés par le doux chant de la douce mer, et les cris des rares mouettes qui fêtaient encore la journée. Souvent, on entendait les cris des hommes qui avaient bu, et qui rentraient chez eux, mais ce n'était pas grave, on était heureux d'y être. On était heureux de vivre. On n'avait pas peur, ni de la guerre qui tonnait là bas, ni de la mort qui nous guettait. On se croyait inaccessibles. On se croyait les rois.
Pourtant, je voyais, chaque jour, mes amis s'en aller, par la même route, celle de la ville, quitter notre littoral, nos îles, nos cabanes que l'on avait construites, nous les enfants sauvages. Je voyais les maisons se vider, tomber en ruine sous les bombardements, et les avions ne volaient plus là haut. Je voyais aussi les mères pleurer et les pères gueuler, les gamins embrasser les gamines et les quais de la gare remplis à bloc, les trains partaient bondés. On chantait l'hymne, quelques fois, on sifflotait des airs populaires pour se remonter le moral, mais le moral était partis avec nos copains.
Je n'avais plus assez de larmes pour pleurer, quand la lettre est arrivée. On avait enterré pas mal de monde, on ne les comptait plus, et la faim nous tordait d'ores et déjà le ventre.
On l'a ouverte. Elle disait qu'il fallait partir.
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DANS LA TÊTE : mon fils, mes problèmes, plein de questions

MessageSujet: Re: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mar 31 Oct - 18:40

Non, tout sauf ça... La vie est cruelle ! Quand la lettre arriva je savais ce qu'elle représentait mais j'espérais me tromper. Il fallait pourtant qu'il parte... J'étais en larmes. On m'avait enlevé mon mari et on voulait m'enlever mon fils. Mon monde s'écroulait. Ce soir là, nous restions silencieux, à pleurer. J'avais peur qu'il ne revienne pas.
Je m'occupais comme je pouvais jusqu'au jour crucial où je l'accompagnais à la gare. Nos adieux furent longs, très longs. Il partit et mon cœur se brisa une seconde fois.
Chaque jour je priais pour recevoir une lettre de mes deux amours. Je priais surtout pour qu'ils me reviennent sains et saufs et que la guerre se termine vite. Chaque jour je voyais les femmes pleurer leurs hommes et moi, je gardais espoir puisque je ne pouvais faire que cela... Notre petit coin de paradis était devenu morne, vide, sans vie et sans âme. Je soutenais mes amies et j'essayais de ne pas trop penser pour ne pas pleurer...
Le temps passa, je ne comptais plus les jours. Je voyais bien que les lettres se faisaient plus rares et que certaines étaient censurées. Mes chéris me rassuraient, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. Une lettre différente des autres m'arriva un matin. Je compris.
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MessageSujet: Re: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mar 31 Oct - 20:31

Le temps avait passé. Parfois, j'écrivais à maman, je disais à peu près toujours les mêmes choses, fidèle à mon manque de paroles. Je disais des choses comme : je serais bientôt en permission, je reviens, je suis en bonne santé, hier, mon camarade est mort, demain, je pars au front mais ce n'est pas trop dangereux, après, j'irai sur un autre bateau, etc... je disais les banalités, ne parlait pas de nos retrouvailles. J'avais peur de la retrouver. Est-ce qu'elle est toujours la même femme ? La maman que j'ai aimée pendant dix-sept ans ? Est-ce qu'elle se souvient de son fils d'avant et qu'elle ne reconnaîtra plus celui là, qui revient, enfumé dans la guerre ? Je pensais à ça avant de dormir, allongé sous la voute du ciel noir aussi gris que le plomb qu'on jetait sur les autres. L'aiguille me manquait. Jephté aussi. A elle, j'écrivais quelques fois de longues missives. Avec des souvenirs. Pour ne pas nous oublier dans la guerre. Je n'osais pas lui dire je t'aime. Je n'en étais pas sûr. De toute façon, j'allais mourir, peut-être demain. A maman, je le disais, de temps en temps. Pour ne pas lui faire trop de mal.
Puis, un jour, le sergent est arrivé. Il avait sa moustache, ses bottes, son charisme dégoûtant, propre à tout bon supérieur qui se respecte. Il m'a remis un papier. Il en a distribué à d'autres. Nous pouvions rentrer.
Je rentre donc. Je retrouve les champs de fleurs et les sentiers familiers. Je revois la mer adriatique qui me manque tant, mais qui ne me quitte jamais, mais ce n'est pas la même, l'autre est troublée, souillée de cadavres et de mines, celle-ci est douce et pleine de charmes. La guerre est passée mais n'a pas fait trop de dégâts. Je sens le sel et les odeurs de marché. Je sens aussi le soleil sur les buissons. La peinture pour les bateaux. Les effluves du passé. Et ça me fait plaisir.
Et je pousse la porte. Elle est là, maman. Elle pleure, un peu. Elle doit pleurer souvent. Je n'aime pas sourire, alors je ne souris pas. Je viens, là, derrière elle, et je la prends dans mes bras. Comme un fils qui n'est pas rentré depuis une année et quelques mois peut le faire. J'essaie la tendresse. Le silence et nos sanglots sont simples. Ils traduisent pas mal de choses. Mais pas l'essentiel. La fameuse lettre qu'elle a reçue est posée sur la table, mais je ne l'ai pas encore remarquée. Pour l'instant, l'essentiel, c'est elle, c'est ma maman. Je l'aime. Je l'ai retrouvée. C'est ma bouffée d'air frais.
Je suis là. Enfin.
Mais ses yeux ont oublié la couleur du ciel, et la pluie qui coule de ses paupières fermées sent la mort et la tristesse.
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MessageSujet: Re: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mar 31 Oct - 23:31

Il est là. Enfin.
Je le regarde. Rien n'a changé, ou presque... Je ne peux lui annoncé. C'est au dessus de mes forces. Le voir, ici, à la maison me rappelle le temps où notre famille était encore heureuse et entière. Je l'observe. Son visage est moins enfantin qu'à l'époque, il a mûri. Ce n'est plus un petit garçon mais il reste le bébé que j'ai porté et élevé. Il est tout ce qui me reste maintenant. Je sais qu'il l'a vue. La messagère d'une terrible nouvelle. Elle, posée sur la table.
" - Garmann"
Juste son nom prononcé, un regard échangé.
J'aimerai pouvoir lui dire, mais je ne peux pas. Je me détache doucement de ses bras, me recule et regarde cette lettre.
" - Garmann...
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MessageSujet: Re: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mer 1 Nov - 17:19


Mes yeux glissent vers le papier sur la table, plié, corné sur certains bords, et l'encre a bavé au travers, parce que maman a dû pleurer dessus. Le papier est jauni, mais il semble neuf, c'est pas forcément laid.
C'est quoi, là ?
C'est un message du paradis ? Est-ce qu'il annonce une terrible nouvelle ? Le ciel des yeux de maman s'est assombri, comme s'il avait coulé dans la mer d'huile où s'envase nos avions. Il n'y a plus la lumière d'hier, quand on était sur le terrain de jeux, ou dans la mer avec les amis à se balancer des gerbes d'eau toujours plus hautes (c'était bon de s'éclabousser, autrement qu'avec du sang). Il n'y a plus les rides de malice sur les bords de ses mirettes. Juste le gouffre de la tristesse. Je n'aime pas ce gouffre. Je ne sais pas le reboucher, et je ne m'y essayerai pas, parce que je n'ai ni le temps ni les mots pour.
A la place, j'avance la main, j'ouvre, simplement, la feuille pliée. Il y a le tampon officiel et les signatures. Les titres. La date. L'encre qui a coulé, sur les belles lettrines en attaché. Et les dires horribles. Qui sonnent très faux. Les excuses morbides. Les excuses qui ne servent à rien. Les mots qui essaient de combler l'absence. Ils s'étendent sur quelques phrases. Cinq ou six, pas plus.
Rapidement, ça dit : papa est mort.
Et tout explose.
C'est pire encore que les bombes qui pleuvent sur nos têtes. C'est pire encore que les balles qui fusent de partout et qui transpercent le tissu, les chairs et tout le reste. C'est pire encore que les grenades qu'on balance sur les ennemis qui résonnent encore dans ma tête et le chaos après quand les missiles dégringolent dans la mer bleue que j'aimais tellement tellement tellement. C'est pire que les parachutes qui s'ouvrent et les soldats qui se font canarder, leurs membres qui tombent de là haut le ciel bleu qu'on aimait tellement avant et le sol moucheté de cadavres qui dégoulinent de sang. C'est pire encore que tout. C'est un autre genre de douleur. C'est une souffrance profonde. Une souffrance réfléchie.
Je n'étais pas revenu pour apprendre ça. J'étais revenu pour être heureux.
J'étais revenu pour elle. Je savais que papa irait au ciel un jour. Mais pas tout de suite.
J'apprends les larmes. J'apprends le deuil. J'apprivoise la tristesse de maman.
Je m'enfonce dans le gouffre de ses yeux. Juste un peu. Je ne saurais pas remonter, sinon.
Et puis, entre deux sanglots, Je ne sais pas quoi dire, six cent soixante six larmes mouillées, je, une tonne de remords,c'est moi, des appels à l'aide entre deux crises, qui aurait, des sanglots (encore), dû... être, et mes doigts qui serrent ceux de maman, à sa place.
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MessageSujet: Re: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mer 1 Nov - 20:25

Garmann... Je ne peux que le regarder et le prendre dans mes bras. Garmann... Que puis-je faire ? J'aimerais te dire que tout va rentrer dans l'ordre, que tout ça n'est qu'une erreur. J'aimerais trouver les mots justes, réconfortants. Si seulement...
"-Garmann". Je prends son visage ruisselant entre mes mains. Nous restons cinq bonnes minutes ainsi, à nous regarder. C'est à ce moment précis où je me dis qu'il tient de son père. Je ne peux retenir mes larmes plus longtemps. J'ai trop pleurer mais le torrent d'émotions reprend mes yeux à l'assaut et je me laisse aller. Bercés par nos sanglots, nous restons enlacés jusqu'à ce que la source s'assèche.
Le soir même, je lui propose de descendre voir la mer comme nous le faisions quand tout allait mal. Lui et moi. Fils et mère. Le vent marin nous revenait au visage. Nous marchions, main dans la main, silencieux. Pas besoin de mot quand la peine nous ronge. Nous marchions, sans but, mais nous marchions. Nous nous arrêtions devant la mer. Les vagues venaient mouiller nos pieds. Ensemble, nous nous soutiendrons. Ensemble, nous nous souviendrons.
Le temps de sa permission était trop court ! Je n'arrivais pas à me faire à l'idée qu'il repartirait bientôt. J'avais peur... Peur de le perdre comme je venais de perdre son père. Il était ma seule famille. Plus rien n'importait que sa vie. Dans le quartier, tout le monde avait appris la nouvelle malgré nos silences. Garmann m'inquiétait. Nous ne nous parlions pas. Je respectais son choix. Je sais ce que cela fait de perdre son père... Je ne le sais que trop bien. Je voulais l'aider mais chaque fois, il me repoussait. Le temps où les rires et la joie régnaient dans notre maison était révolu.
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MessageSujet: Re: LA BOHÈME (OMBELINE)   Mer 1 Nov - 20:58


Même si c'est le soir, la mer scintille. Maman aussi scintille. Seulement sur visage, sur les sillons, que les larmes ont tracées. J'avais essayé de les essuyer avec mes doigts, mais ils étaient trempés, et le liquide trop abondant pour être canalisé. C'était des petites rivières d'où s'écoulait notre deuil. Nos souvenirs avec papa. Les bons moments. On en reconstruira (peut-être) d'autres (ça me paraît impossible). Mais pas tout de suite. Je ne suis pas prêt. Je pense à après. Il va falloir partir. J'ai hâte de retrouver le tonnerre de guerre le sang la violence le bourdonnement incessant pour ne plus entendre autre chose, pour ne plus penser à l'absence. La terre qu'on foule et qu'on refoule, les morts qui la jonchent et les blessés qu'on relève. Et les épaves, dans l'fond de la mer. C'est les empreintes de notre histoire. Et les empreintes ont le goût de la fin. Mes pensées déraillent. J'observe le mutisme, pour pas en rajouter. Maman aussi, elle ne dit plus rien, à part mon prénom, mais même ça, ça ne me réconforte plus. Tout est moche. Tout est morne. Même le solei qui se couche enfin.
Mes doigts trouvent le sol. Je ramasse un coquillage. Il est noir, avec des rayures blanches. Il est beau. Obscur, mais beau. Mes pieds s'enfoncent un peu plus dans le sable, encore chaud de soleil dont il s'est ressourcé toute la journée. Face à la mer, c'est une étendue pâle. Nous, deux petits points noirs, ensevelis sous une tonne de sentiments différents qui convergent vers le même point, dont on ne peut même plus nommer tellement il est devenu omniprésent. Je serre mon coquillage. Je le jetterai dans la tombe le jour de l'enterrement, si enterrement il y a. Et je couderai des hortensias sur le veston funéraire, partout sur ses vêtements. J'embaumerai le corps de senteurs inconnues de la vie. Je ferais de mon père un soldat enterré comme jamais il y a eu. Je serre les dents. Les larmes recoulent. Elles mouillent le sable. Les galets.
Ensemble, nous nous soutiendrons. Ensemble, nous nous souviendrons.
Je veux bien donner tout à maman. Mais là, elle m'en demande de trop. Je ne sais pas si j'ai la force de me reconstruire, entre coquillages et crustacés. Si j'ai la force de vivre après ça. Après avoir perdu. On a voulu la guerre et la guerre l'a tué.
Et je ne sais plus ce que je dis. Je divague. Vague. Je prends sa main. Je la serre. Fort. Comme jamais. Et ça fait mal. Mais la douleur estompe la douleur. C'est un nouvel équilibre qui se créée. Souffrir pour endurer. C'est laid. Très laid.
Le monde encore plus.
Non. Je vais repartir.
Je l'avais décidé.
Je reviendrais.
Plus tard.
Avec le temps.
Un peu comme avant.
Laissez moi du temps.
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